Pierre a la cinquantaine. Il est établi de façon “classique” : marié, deux enfants, un métier.
Il est un mari modèle, aux petits soins, prévenant, peu exigeant.
Il est un père modèle, attentif à ses filles qui l’adorent, qu’il adore.
Tout semble aller pour le mieux.
En surface.
Pourtant Pierre sent un besoin particulier, parce qu’il trouve à un moment donné, une personne particulière, de se confier.
Il avoue ne pas être si heureux car il lui manque l’affection de son épouse.
Elle a pourtant annoncé il y a bien longtemps (le répète sans doute aussi régulièrement) qu’elle n’est pas une “tendre”.
Aucun câlin alors que lui, il en a un besoin peut être plus important que ce qui devrait / peut être parce qu’il n’en a justement pas.
Pierre, doucement, au fil des années prend du poids.
Jusqu’à ne plus être l’homme que la femme a connu. Jusqu’à faire dire à cette femme qu’elle ne le reconnait plus.
Jusqu’à en souffrir.
Pourtant, elle ne fait rien pour l’aider à maigrir, lui concocte des petits plats riches tout en lui reprochant d’en manger.
Elle n’intervient que superficiellement et lui, ne se sentant pas soutenu, ne change rien à ses habitudes.
Il espère qu’elle l’aidera en cuisinant diététique, elle a les talents pour, mais n’en fait rien.
Pierre a eu une maman très affectueuse, qui s’est occupé de lui à l’extrême jusqu’à lui porter le café au lit pendant des années.
Pierre a eu une maman sans doute étouffante. On peut imaginer que Pierre a eu un trop plein d’amour.
D’ailleurs, alors qu’il a un niveau intellectuel plus que correct, qu’il raisonne de façon claire et sensée, il lui arrive d’avoir des comportements “enfantins”.
Dès lors qu’il reçoit de l’affection, le petit garçon en lui se réveille.
Alors, pourquoi Pierre s’est-il laissé grossir ?
On peut se dire que c’était sa façon à lui de montrer qu’il existe, d’appeler et de se montrer.
Pierre est un homme très affectueux, sincère dans ses relations, entier. Il donne, il aime recevoir.
En amitié, il a une sorte d’exigeance qui, loin d’être malsaine, est peu ordinaire.
Il pourra dire d’ailleurs que certaines relations amicales ressemblent à une addiction.
Il n’est pas loin d’avoir tort.
Pierre recherche à se nourrir comme avant, d’affection.
Il a substitué à l’affection absente de son épouse la nourriture qui “compense”.
Celle que l’on relie, enfant, inconsciemment, à l’amour.
Ce sont ces fameuses nourritures affectives.
Le poids qu’il a pris est sans doute proportionnel à la souffrance qu’il a eue (qu’il a) de ne pas avoir cette tendresse tant espérée.
Je cite ici un extrait du livre de Alain Braconnier : Les bleus de l’âme.
“… nous retrouvons ici l’importance des “nourritures terrestres” qui se confondent avec la spère affective. La nostalgie d’un fils envers les nourritures préparées par sa mère symbolise à l’extrême le “paradis perdu” de son enfance et l’attachement à la mère nourricière.”
Que faut-il pour que Pierre puisse retrouver un corps dans lequel il se sente bien ?
Il doit apprendre à renoncer.
Il doit comprendre.
Pierre doit comprendre pourquoi il a fait ce choix d’une épouse aussi peu tendre.
Il doit apprendre à mieux se connaître. Il doit apprendre surtout à renoncer consciemment à exiger quoi que ce soit de qui que ce soit.
Il doit renoncer à cette quête affective en se consolidant de l’intérieur.
C’est pas directement lié, mais ça me fait vaguement pensé au nouveau livre d’Eric Emmanuel Schmitt “le sumo qui ne pouvait pas grossir”.. sur l’acceptation de soi justement. Je le conseille fortement.
Sinon, je pense effectivement que les problèmes d’enfants à l’école sont généralement liés à des carences affectives. L’enfant est fragile et a besoin de se sentir aimé pour se voir existé dans ce monde.
L’amour a une grande importance dans sa socialisation.
Merci pour le conseil, je suis assez friande de ses écrits et je ne suis pas l’actualité, toute plongée que je suis dans mes bouquins de psycho !
Généralement, je les fais lire à mon second fils et selon le temps qu’il met pour lire, je sais que le bouquin est bon ou non !
Tu as tout à fait raison sur les problèmes de l’école.
Malheureusement, tu sais comme moi qu’il y a des parents qui auraient mieux fait de ne jamais avoir d’enfants …